Elles sont au château
Les trois bergères Louis XV, en bois doré, estampillées Jean-Jacques Pothier, sont au château de Sassenage
L’année 2013 revêt pour le monde du patrimoine une importance bien particulière puisqu’elle sera le cadre de la commémoration d’une loi fondatrice pour la protection des monuments historiques en France, celle du 31 décembre 1913, mais aussi de la célébration de la 30e édition des Journées européennes du patrimoine. Deux événements majeurs, qui ont vocation à unir leur charge culturelle et symbolique pour convier les citoyens à partager leur amour du patrimoine en cette année historique.
Face à l’usure du temps ou aux dommages de guerre, la résistance d’un édifice ou d’un objet patrimonial n’est pas éternelle. Sa durée de vie dépend souvent d’interventions extérieures par des professionnels du bâti ou de la restauration mobilière. La qualité de ces gestes de sauvegarde participe pleinement à – et détermine souvent – la pertinence d’une inscription ou d’un classement. Ces 30e Journées européennes du patrimoine devraient permettre d’insister sur le rôle essentiel de l’ensemble du monde de l’artisanat et des laboratoires – publics comme privés – de restauration. Ces métiers aussi ont plus d’un siècle et méritent une mise en lumière à la hauteur de leur importance.
L’atelier Osiris sera présent au château de Sassenage en compagnie de 10 restaurateurs et conservateurs intervenant dans différentes disciplines ( papier peint, tableau, dorure, mobilier, etc). Une belle occasion de rencontrer et de discuter avec des artisans d’art. Comment et avec quelles techniques et matériaux les restaurateurs interviennent – ils sur les objets du patrimoine ?
Une exposition montée par l’Atelier Osiris, dans le petit salon du château, vous permettra d’admirer d’exceptionnelles étoffes de 1913 à nos jours. Découvrir les productions de luxe des anciennes manufactures Françaises et Italiennes, encore en activité aujourd’hui. (velours tissés au métier à bras, dessins des motifs de la période Art Déco, inspirations actuelles des créateurs de tissus, etc)
L’atelier Osiris ouvre ses portes le samedi 6 et le dimanche 7 avril de 11h à 19h:
- restauration de sièges anciens ; le savoir faire de l’atelier
- étoffes d’hier et d’aujourd’hui pour l’ameublement; la sélection de l’artisan d’art
- découvrir les différents travaux de conservation et de restauration de sièges appartenant au patrimoine familial privé (particuliers) et public (châteaux).
- créer et imaginer votre nouvel intérieur avec les nouvelles collections des éditeurs de tissus contemporains français et étrangers.
Un travail de recherche, en collaboration avec les conservateurs, a permis de trouver un damas de soie (sans envers, avec un décor par la trame, un coloris cramoisi et une armure satin) très proche de celui d’origine avec son dessin typique du XVIIIème siècle. Il fut tissé sur un métier à bras en 54 cm de large. Cette nouvelle étoffe tissée en grande largeur est en harmonie avec l’ancienne qui recouvre les autres sièges qui seront restaurés au cours des trois prochaines années et avec le lit de la chambre du roi. Les deux premiers fauteuils du Château ont retrouvé leur lustre original.
La pose du damas de soie a demandé beaucoup de précautions et d’attentions car cette étoffe est aussi belle que délicate à manipuler.
Les différentes étapes :
- établissement d’un plan et coupe des étoffes,
- pose « en parallèle » du damas et gestion des tensions, avec un appointage à la semence, pour avoir un placement du tissu très précis et identique sur les 2 sièges, alors que les différences, entre le fauteuil estampillé Pothier et le fauteuil estampillé St Georges, sont nombreuses.
- fixation définitive avec de très petites semences (clous de tapissier) pour ne pas endommager les bois de s carcasses.
- pose d’un galon en fond de feuillure avec un double encollage.
Voici le résultat .
Ces sièges sont visibles au château de Sassenage (château ouvert au public – visites guidées)
Les travaux de conservation et de restauration continus ( 3 bergères sont actuellement dans les ateliers des restaurateurs)
Les travaux se sont déroulés en plusieurs étapes. Tout d’abord, un diagnostic fut établi à partir des observations approfondies des carcasses (cf. article sur les estampilles) des étoffes, des matériaux et techniques utilisés pour réaliser les garnitures.
Ensuite, une recherche et analyse documentaires et des rencontres avec des spécialistes a permis de décider d’un positionnement méthodologique d’intervention. Des éléments essentiels ont été conservés et reposés (sangles, crin animal d’origine. semences façonnées à la main, ficelle marquant les points de garniture, etc)
et d’autres ont été stockés, car inutilisables mais utiles pour l’histoire (clous dorés façonnés à l’étau, toiles et étoffes, etc).
Les techniques utilisées par les tapissiers au XVIIIème ont été identifiées et décrites pour garder trace des pratiques anciennes. L’ensemble de ces travaux s’est effectué avec une manipulation précise et lente ayant pour objectif permanent de conserver le plus possible d’éléments historiques et d’obtenir un résultat esthétique de qualité.
Toutes ces étapes furent vraiment passionnantes et très enrichissantes.
Le ver à soie est utilisé depuis plusieurs milliers d’années pour la fabrication du fil de soie.
Tout d’abord découvert par les chinois qui gardèrent jalousement le secret de la production pendant plusieurs milliers d’années. L’europe l’utilisa beaucoup au XVIIIe où la soie fut à la mode pour l’ameublement et l’habillement. Aujourd’hui le ver à soie est élevé principalement en Asie. Le fil de soie est utilisé en france pour la haute couture, la lingerie, les écharpes et cravates, les rubans, il est encore présent dans la fabrication des tissus d’ameublement. Quelques grandes manufactures françaises tissent encore sur des anciens métiers à bras de très belles étoffes à partir de leurs documents historiques ou sur des métiers mécaniques pour des dessins plus contemporains. (voir « Mes conseils déco / tissu historiques »)
Cette matière première se compose de fils bien différents qui donneront à la soie des aspects et des propriétés variés. La soie grège par exemple est un assemblage des brins de 7 à 8 cocons, c’est un fil mat non débarrassé du grès. L’organsin, lui, est un fil destiné à la chaîne, très résistant, les fils sont ici continus. Le doupion (shantung) quant à lui, est un fil irrégulier, résultat du concubinage de 2 vers à soie dans un même cocon utilisé pour la fabrication de certains taffetas, damas… L’ondé est un assemblage de 2 fils de grosseur différente qui donne un aspect de bouclette car le débit du fil le plus fin est ralenti par rapport à l’autre.